Éditorial du Dimanche 28 juin : « Un simple verre d’eau fraîche ! »
Pas une mesure gouvernementale mais bien un verset d’évangile ! Quel à-propos que ce passage du 13è dimanche du temps ordinaire ! Par l’effet du découpage, il nous donne d’abord, en avalanche, une abondante série de préceptes à suivre pour être un bon disciple : on est ici chez Matthieu, au chapitre 10, dans ce qu’on appelle le « discours apostolique », et les recommandations sont assez exigeantes. Toujours cet appel du Christ au surcroit, au davantage, cette invitation qu’il nous fait au débordement systématique de nos mesures habituelles pour plus, toujours plus, sur le mode : il vous a été dit, et bien moi je vous dis… Certaines exigences ne sont d’ailleurs pas sans gravité, et mettent même la barre un peu haut : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Mais comme la pointe de ce passage-là est savoureuse ! Tout finit finalement dans un verre d’eau, où il est bon, pour une fois, de se noyer ! Merveilleux humour du Christ en effet quand il dit : et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. Un simple verre d’eau fraîche, donc ! C’est vrai qu’en période de canicule, ce qui ne devrait être qu’un rien, un « pas grand-chose », devient évidemment beaucoup…
Mais tout de même : se faire porteur d’eau, simple porteur d’eau, juste ça, pour être bon disciple. La récapitulation du cahier des charges est finalement modeste. Et pourtant … Quoi de plus exigeant que de rafraîchir et d’étancher la soif de nos frères, dans l’ordinaire des jours. Une invitation qui nous redit, une fois de plus, que l’évangile sanctifie toujours le petit, l’insignifiant apparent, et le trois fois rien. Car que cache -t-il, ce trois fois rien ? « Ce n’est pas la quantité de ce que nous faisons qui plaît à Dieu, mais la qualité d’amour que nous y mettons » disait mère Térésa. Qu’y a-t-il en effet derrière la modeste obole d’une veuve au Temple, sinon le don caché de toute une vie. Qu’y a-t-il, si l’on en croit la petite Thérèse, derrière le geste simple de ramasser une épingle ? Cette bénédiction de l’ordinaire, de toutes ces petites choses de l’ordinaire, qui ne font jamais la une des journaux mais œuvrent secrètement à la révolution de l’amour, ont une vraie saveur d’’évangile. La canicule est certes bien là pour nous rappeler la valeur d’une simple verre d’eau fraiche, mais ce peut être aussi la fraîcheur d’un sourire, et tant de ces petites attentions si précieuses au fil des heures, quand elles sont vraiment données. Reconnaissons que nous avons soif, si soif, et pas seulement quand les températures grimpent ! Abreuvons-nous donc sans mesure les uns les autres de tous ces simples verres d’eau fraîches qui étanchent tellement le cœur quand, avec l’eau fraîche, ils versent l’amour.
Patrick Laudet, diacre