Editorial : L’exil : c’était ça ou mourir
Ces dernières semaines, les lectures du bréviaire étaient tirées du livre de Jérémie. Ce prophète fut en activité à la fin du VIIe siècle et au début du VIe, dans la période où Nabuchodonosor, roi de Babylone, entreprit la conquête de la terre juive et la destruction de Jérusalem. Il laissa sur place les personnes incapables de travailler et emmena les autres en exil. Personne n’est parti de gaîté de cœur, on peut s’en douter ; mais, quand on était dans la force de l’âge, on n’avait pas le choix. C’était ça ou mourir.
« C’était ça ou mourir » est le titre d’un roman de la rentrée dont les journaux ont beaucoup parlé et que j’ai entrepris de lire. L’auteur est un enseignant haïtien d’une quarantaine d’années qui a fui son pays à contre cœur. Mais la violence y est telle que la vie sur place est impossible. Après avoir essayé de s’installer dans plusieurs pays, il vit maintenant au Canada. Son livre, un premier roman, y a été d’abord publié avant de l’être en France. Cet auteur, encore totalement inconnu il y a quelques mois, s’appelle Thélyson Orélien.
Son ouvrage n’est pas autobiographique. Son personnage principal est fictif, mais les exils par lesquels il est lui-même passé lui ont fourni la matière de son roman. Sur la page de garde de son livre, il cite une phrase de Malala Yousafzai, une militante pakistanaise née en 1997 : « On ne part jamais de son plein gré, on cherche seulement à retrouver un peu de dignité et de sécurité. »
Depuis une année environ, le jardin des Chartreux est plein de tentes habitées par des Africains francophones qui ne savent pas où aller. La mairie leur a installé des postes d’eau et des toilettes. Aux dernières nouvelles, elle leur préparerait un asile en dur dans des bâtiments de la Métropole qu’elle reconditionne. Habitant à proximité, je me suis souvent arrêté pour parler avec eux. Leur vie est misérable, mais les conditions dans lesquelles ils se trouvaient au pays étaient plus misérables encore, et ils risquaient leur vie : c’était ça ou mourir.
Il est important de prendre conscience de cette réalité avant de se protéger contre les migrants et de les renvoyer au pays. Ils sont souvent privés de dignité, mais encore en vie. Ils ne sont pas morts, et nous avons des devoirs envers eux. La CIMADE le déclarait haut et fort au début de la seconde Guerre mondiale : « Il n’y pas d’étrangers sur cette terre. »
P. Michel Quesnel, prêtre auxiliaire à Saint-Bonaventure et à l’Hôtel-Dieu