Editorial bonus : « Les dieux du stade »
C’est fou ce que Dieu est sollicité lors d’une Coupe du monde de football… Qui ne se souvient de « la main de Dieu » (seul l’arbitre ne l’avait pas vue) qui avait aidé Diego Maradona lors du quart de finale Argentine-Angleterre en 1986 ? Un an avant l’édition 2002, le pape Jean-Paul II avait canonisé un prêtre italien du XIXe siècle parce que « les footballeurs de la planète entière se tournent vers saint Louis Scrosoppi [devenu depuis saint patron des footballeurs] pour son intercession ». Et cette année, alors que commence la Coupe du monde de l’autre côté de l’Atlantique, on voit fleurir dans nos rues des maillots marqués du symbolique numéro 7 et floqués « Jésus » (« maillot chrétien de qualité supérieure, afin de garantir votre confort et partager votre foi chrétienne » selon le site du fabricant).
Parions aussi qu’on réentendra à satiété de lyriques commentaires célébrant « les fidèles » de telle équipe nationale, l’extraordinaire « communion » s’emparant de tel stade, telle victoire acquise grâce à tel « divin » buteur. Et que nombreux seront les joueurs qui multiplieront les signes de croix, lèveront les mains au ciel ou exhiberont des tatouages de versets bibliques ou coraniques.
Voilà un phénomène étonnant. On perçoit un certain malaise face à ces expressions de foi assumées. Les médias peinent à les interpréter. Nous ne sommes pas totalement à l’aise non plus. Depuis longtemps, nous avons appris à faire preuve de réserve lorsqu’il s’agit de parler de notre foi dans l’espace public.
Mais la spontanéité et l’assurance avec lesquelles ces joueurs vivent leur foi pourraient-elles nous inspirer ? Aujourd’hui, pas mal de supporters admirent ces footballeurs qui parlent ouvertement de leur foi. Leurs témoignages vont-ils suscité de belles conversions ou n’être qu’une expression d’un prosélytisme religieux sans lendemain ? Nul ne le sait.
Une chose est sûre cependant : c’est un mythe de croire que la religion n’intéresse plus personne en Europe ou que le christianisme a perdu toute force d’inspiration. Le véritable défi est peut-être celui que le Pape Léon nous rappellera lors de sa visite en septembre : sommes-nous capables, nous aussi, de parler de notre foi avec simplicité, liberté et confiance ?
En attendant bel été à tous !
P.ROLLIN+ Recteur St Bonaventure/Chapelle HDieu
