Editorial du vendredi 30 octobre
Un jour par an, au creux de l’automne, nous fleurissons les tombes de nos cimetières. Pour beaucoup, cette coutume est sacrée et il faudrait n’avoir pas de cœur pour trouver ridicule cette fidèle démarche de l’affection. Et pourtant, est-il bien chrétien de réduire la Toussaint, la grande fête de l’Église totale, à la seule commémoration de ce qui n’est plus ? Comme si nous n’avions plus d’espérance, n’est-il pas regrettable de laisser dégénérer le 1er novembre (tous saints !) en journée du souvenir et de la mélancolie (plutôt le 2 novembre, commémoration des fidèles défunts) ? Il est très légitime de porter des fleurs sur une tombe : mais combien est-il plus urgent encore de renouer ces liens de famille avec le Ciel, des liens vivants. C’est un grand ressort de l’existence terrestre que de ne jamais oublier le lien mystérieux avec la foule de nos ancêtres qui peuplent l’Éternité. Oui, d’ores et déjà, nous sommes enfants des saints. La filiation est certaine, c’est une grâce ! Au ciel, n’oublions jamais que notre propre famille a déjà pris racine. Car parmi les saints inconnus dont l’Église célèbre aujourd’hui la fête, il y a beaucoup de ceux à qui nous devons la vie et dont le sang coule dans nos veines. Mais ce lien n’est pas que génétique ! Pouvons-nous bien imaginer, dans notre vie de chaque jour, la secrète activité d’une telle ascendance mystique ? Au-delà de ce que nous en savons, de ce que nous en comprenons, une multitude de bienheureux nous attend, nous désire, de cette attente infatigable et mystérieuse que Dieu a de chaque âme. La sainteté par aimantation ! Et en partage… Oui, il est urgent pour nous de retrouver le chemin de ce lieu où vivent, dans la paix et la joie, ceux des nôtres qui ne sont pas morts à jamais. Et notre belle vocation à les rejoindre ! En marche donc vers la Terre promise de la sainteté. Relisons le Journal d’un curé de campagne. Le petit curé de Bernanos s’adresse à la comtesse, inconsolable de la mort de son petit garçon, et à la veille de la sienne : « Ce que je puis vous affirmer néanmoins, c’est qu’il n’y a pas un royaume des vivants et un royaume des morts, il n’y a que le royaume de Dieu, vivants ou morts, et nous sommes dedans. »
Patrick Laudet (Diacre)