Dimanche du Bon Pasteur

De toutes les nombreuses images de Dieu, celle du pasteur, du bon ou beau pasteur, est sans doute une des plus belles. On sent l’émotion quand Jésus parle de ce qui le lie à ses brebis, en proportion mystérieuse avec ce qui le lie aussi au Père. Le chapitre 10 de Jean, dont on lit un extrait ce dimanche, est vibrant, un chapitre où dans les paroles de Jésus que l’évangéliste rapporte, l’amour de Dieu pour le petit troupeau se révèle avec une bouleversante intensité. Dieu n’a vraiment d’yeux que pour ses brebis bien aimées. C’est le si beau chapitre 34 du Livre d’Ézéchiel qui remonte alors dans les mots de Jésus : cette antique promesse d’un vrai pasteur, que Dieu un jour donnera à son peuple. Car ce Dieu-là jamais ne s’est résolu aux brebis perdues, exploitées, maltraitées, abandonnées. Que les brebis aient la vie, et la vie en abondance : rien de plus intense dans le cœur de Dieu, comme une idée fixe ! Et quel pasteur ! Pas d’élevage intensif ! Il connait chacune de ses brebis par son nom. Là est sa toute-puissance : connaître chacun par son nom ! De toutes les images de Dieu, de son mystère infini, oui, l’image du pasteur est sans doute une des plus belles. Son cœur déborde toujours de métaphores, comme autant de mains tendues vers lui : nuée, feu, buisson ardent, brise légère, chemin, pasteur, père, mais fils aussi, et souffle, d’autres encore, autant d’images que Dieu nous donne pour nous aider à nous approcher de lui, de son incroyable mystère qu’aucun mot ne contiendra jamais. Son nom, comme le savent bien nos frères juifs, restera toujours imprononçable. On ne mettra pas la main dessus, c’est entendu. Mais ce n’est pas une raison, dans la bouche même de Dieu, pour ne pas s’essayer à toujours plus d’images ! Dieu ne capitule pas devant l’inaccessible de son mystère ! Pour nous aider à le deviner, il est prêt à tout. Et même à se manifester aussi … comme porte ! Presque saugrenu… Moi je suis la porte ! Des images de Dieu, en est-il une plus belle, et de moins seigneuriale ? Au long de nos vies, tant de portes se sont fermées. Tant ne se sont jamais ouvertes. Alors un « Dieu-porte » ? Pour la vie en abondance, quelle joie de l’entendre nous dire simplement qu’il en est l’ouverture. Qu’il est l’accès.

Et pourtant… Au milieu d’une confidence d’amour aussi forte, un peu plus loin dans le discours de Jésus sur le bon pasteur, une brèche curieuse intrigue. Comme en incise, une toute petite phrase qui préserve cet amour incroyable pour ses brebis de toute forme d’exclusivité et de tout esprit de possession ou de restriction : j’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Celles-là aussi il faut que je les conduise (Jean 10, 16). Bien sûr que Jésus, à ce moment-là, et un exégète ferait une note, voit alors plus large que le seul Israël. Bien sûr que Dieu veut élargir l’élection et ouvrir davantage son peuple. Dieu révèle clairement qu’il n’est pas communautariste, encore moins identitaire. Dans un coin de son cœur et de sa tête déjà, il y avait de la place ! Et aujourd’hui, il y a encore de la place. La place de l’autre, de la place pour d’autres. Ce qui est bouleversant, c’est qu’il n’a d’abord le projet d’agrandir l’enclos, pour y faire entrer tout le monde. Il n’y a qu’un seul troupeau et un seul pasteur, il le dit, mais Dieu ne l’oublie pas : j’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Celles-là aussi il faut que je les conduise. Il y a d’autres enclos et l’enclos principal n’est pas le tout de sa sollicitude. Ce Dieu-là regarde aussi ailleurs. Aux périphéries, aurait dit le pape François. En vérité, le même n’est pas son régime secret, il comprend aussi l’autre, de l’autre. D’autres brebis… Et c’est finalement le si grand et si beau mystère de l’Église : on sait où elle est, mais on ne sait jamais vraiment où elle n’est pas.

Patrick Laudet, diacre.

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Dimanche 19 Avril 2026