Dimanche de la divine miséricorde
Dimanche 12 avril 2026
Actes 2, 42-47 / Psaume 117 (118) / 1 Pierre 1, 3-9 / Jean 20, 19-31
Homélie du P. Michel Quesnel
En entendant cette page de l’évangile selon saint Jean, on est frappé par la fréquence du verbe « voir » dans le fil du texte. Quand il se manifeste à eux le dimanche de Pâques, Jésus montre aux disciples ses mains et son côté, et l’évangéliste commente : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. » Puis ils s’adressent à Thomas qui était absent ce dimanche-là, et ils lui annoncent : « Nous avons vu le Seigneur. » Mais Thomas l’incrédule réagit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous… » Et il désire même plus que voir, il veut toucher.
Le dimanche suivant, lorsque Jésus se manifeste à nouveau en présence de Thomas, Jésus lui dit : « Vois mes mains… » Et, en finale, Jésus commente : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Pour les humains, le sens de la vue est celui qui nous utilisons le plus. Nous aimons voir, nous aimons contempler de beaux paysages, c’est grâce à la vue que nous nous dirigeons dans notre appartement et dans la rue. Quand on rencontre quelqu’un qu’on ne connaît pas encore, on commence par l’observer. Est-il grand, est-il petit ? Est-il jeune, est-il vieux ? Est-il élégant, a-t-il une tenue négligée ?
Cependant, l’inconvénient de la vue, c’est qu’elle s’attache d’abord aux apparences. Elle met en valeur le superficiel. Antoine de Saint-Exupéry avait bien repéré cela, lui qui écrivait dans Le petit prince : « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. »
Parmi les choses inaccessibles pour les yeux, il y a Dieu lui-même. Le même évangéliste Jean écrit à la fin de son prologue : « Dieu, personne ne n’a jamais vu » (Jn 1,18). Et, à la différence des disciples de la première génération, nous n’avons non plus jamais vu Jésus. Pierre écrit à son propos dans sa première épître : « Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi. »
Donc, les croyants que nous sommes n’avons jamais vu Dieu et n’avons jamais vu Jésus. De quoi disposons-nous donc pour croire ?
Nous disposons d’abord d’un livre : la Bible, que l’on appelle parfois « Parole de Dieu », alors que la véritable Parole de Dieu, le Verbe, c’est Jésus lui-même. Ce livre, nous pouvons le lire et l’écouter.
Mais ce n’est pas tout. Nous disposons encore de signes. C’est ce qui est mis en valeur dans les Actes des Apôtres. La première communauté chrétienne de Jérusalem opère des prodiges et des signes, à savoir des miracles. Mais, au-delà des miracles, elle est elle-même un signe : ses membres mettent leurs biens en commun, ils en partagent les fruits, ils pratiquent l’eucharistie, ils vivent dans l’allégresse et la simplicité de cœur, ils louent Dieu… Tout cela constitue un signe qui attire et fait grandir l’importance de la communauté en nombre.
Un tel signe ne doit pas se limiter à la première communauté de Jérusalem. Nos contemporains, en particulier de jeunes adultes, s’interrogent sur le sens de leur vie. Ils demandent le baptême. Il est important que les communautés chrétiennes que nous constituons soient des signes qui attirent. En vivant selon l’Evangile, les communautés chrétiennes donnent un témoignage.
La place qu’elles réservent aux pauvres, aux personnes qui souffrent, aux malades, est une des dimensions du signe qu’elles donnent et qui témoigne de leur foi. En célébrant le sacrement des malades au cours de nos eucharisties, nous donnons un tel signe, et je suis heureux de vivre cette célébration avec vous.
Oui, frères et sœurs, nos contemporains nous regardent vivre. Nous avons la responsabilité de ce que nous laissons voir à des gens qui nous observent.
Ils verront d’abord l’apparence. Peut-être nous trouveront-ils trop âgés pour être crédibles. Mais, si l’amour et la bienveillance règnent entre nous, si nous sommes attentifs aux personnes qui ont le plus besoin d’attention, leur cœur sera touché par la qualité de nos relations, et nous porterons témoignage. C’est une responsabilité que nous avons tous