Prévoir l’imprévisible
Quand on lit la parabole proposée par l’évangile de Matthieu (25, 1-13) pour ce dimanche, on ne manque pas d’être choqué par la fin de non-recevoir qu’elle met en valeur : « La porte fut fermée », « Je ne vous connais pas » Cette finale est bien plus rude ici que la semblable finale chez Luc dans la parabole du riche et du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31) : le riche peut voir Lazare et parler avec lui, même s’il ne peut le rejoindre à cause du « grand abîme ».
En fait, ces deux images nous renvoient au plus prévisible qui soit : viendra un jour notre mort. Il nous est souvent difficile de revenir sur ce que nous avons pu faire et surtout sur ce que nous avons manqué. Mais, avec la mort, cette difficulté devient une impossibilité : une porte fermée ou un grand abîme.
Dois-je me préparer à ma mort ? A mourir, certes. Mais les empressements contemporains à contrôler sa mort – qui risquent fort de rencontrer bien des déconvenues – passent à côté de l’essentiel : contrôler sa propre vie. C’est là la prévoyance la plus sûre, car elle concerne l’ici et maintenant. Est-ce que je fais de ma vie une préparation à l’imprévisible ? Est-ce que j’accepte de me confronter à un prochain qui risque fort de me dérouter dans mes plans finement élaborés ? Est-ce que les événements – aussi scandaleux qu’ils me paraissent – m’aident à me situer de façon plus ajustée dans le quotidien ?
La parabole nous parle d’une invitation à des noces et cette invitation rejoint celle que nous entendons à chaque célébration eucharistique. Elle nous désigne ainsi l’événement joyeux dans lequel nous entrons en faisant brûler l’huile du jour de notre baptême : Dieu nous demande de nous préparer à la joie qu’il a déjà inscrite en notre humanité par Jésus pour nous entraîner dans sa victoire sur la mort.
Les dix jeunes filles nous représentent. Notre traduction liturgique parle de cinq « insouciantes » quand d’autres traductions sont plus sévères et parlent d’« étourdies », d’« insensées », ou même de « sottes » et de « folles » ; on pourrait dire « imprévoyantes », qui ne tiennent pas compte du fait que le temps nous est compté et que l’événement joyeux de la venue du Seigneur se prépare. Et il y a cinq autres jeunes filles qui sont qualifiées de « prévoyantes » (toujours dans notre traduction liturgique quand d’autres parlent de « vierges sages », « avisées », « prudentes », « sensées », « raisonnables »…). Elles anticipent ce qui est offert à leur attente grâce à Celui qu’elles connaissent déjà.
P. Pierre Lathuilière