Editorial : « Rendez à César… »
« Rendez à César ce qui est à César… » Cette phrase est adressée par Jésus à des interlocuteurs malveillants qui lui demandent s’il est permis ou non à un Juif de payer l’impôt à l’empereur romain. Si Jésus avait répondu qu’il ne fallait pas le payer, il aurait pu être emprisonné. S’il avait répondu qu’il fallait le payer, il aurait été traité de collaborateur, complice de l’occupant. Il se tire de ce mauvais pas avec cette affirmation, qui est devenue un proverbe.
En France, nous ne vivons pas, pour le moment, en régime d’occupation. Il est d’autant plus légitime de payer des impôts directs. Les pouvoirs publics nous fournissent de nombreux biens matériels, il est normal que les citoyens y contribuent financièrement. L’impôt auquel nous sommes soumis est calculé à partir de notre salaire ou de notre retraite, en y ajoutant les revenus que rapporte notre capital mobilier et immobilier. On peut se plaindre que les calculs sont mal faits, on n’a moralement pas le droit de se plaindre du principe. Les moins fortunés d’entre nous sont dispensés d’impôt direct.
C’est plus compliqué pour les impôts indirects. Là, tout le monde paie la même somme, riches et pauvres. Ces impôts-là désavantagent les personnes les moins riches. Dans leur principe même, ils entretiennent des injustices.
Mais n’oublions surtout pas que Jésus ajoute : « … Et à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est de Dieu que nous tenons tout, à commencer par la vie. Nous ne pouvons pas le remercier en lui versant un argent dont il n’a que faire, il est alors important d’être dans l’action de grâce. Le remercions-nous chaque jour de la lumière et de la vie qu’il nous donne ?
Et l’argent que nous ne pouvons pas donner à Dieu, nous pouvons le donner à des frères et sœurs humains moins favorisés que nous. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », nous est-il déclaré dans la grande fresque du Jugement dernier (Matthieu 25, 40).
« Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir », déclarait le pape Léon XIV lors de son récent voyage apostolique dans notre pays.
P. Michel Quesnel