Le petit pauvre

Nous fêtons en ces jours le 800ème anniversaire de la mort de St François d’Assise, celui qui a orienté – à la génération suivante – la vie de St Bonaventure dans une suite radicale du Christ.

            Le risque des anniversaires est de nous pousser à fantasmer un passé éloigné. Avec François d’Assise, nous sommes assez étonnamment amenés à nous interroger sur l’actualité de l’Évangile, aujourd’hui au XXIème siècle. Car il fut vraiment « héraut » de l’Évangile en son temps ; on dirait de nos jours « influenceur pour l’Évangile ». Et cette influence est toujours sensible. La preuve nous en a été donnée par le pape François qui a vraiment choisi de porter son nom à dessein : pour « ne pas oublier les pauvres ».

            A l’heure où la puissance de l’argent semblait pouvoir scinder comme jamais la société des villes entre grands et petits, François a choisi de servir Dame Pauvreté. Aujourd’hui, de même, certains montrent qu’ils savent choisir entre Dieu et l’Argent.

            A l’heure où le brillant des uniformes, des jeux et des fêtes conduisit le jeune homme à s’interroger sur la consistance de relations humaines ainsi limitées, François choisit de construire la Fraternité. Aujourd’hui, de même, certains savent rompre avec « l’homo festivus » (l’homme festif) pour faire la vérité sur leurs vies et leurs relations.

            A l’heure où la croissance des villes faisait déjà oublier tout ce que l’homme doit à la nature, François prêcha une réconciliation fraternelle avec toutes les créatures. Aujourd’hui où les métropoles se sont multipliées jusqu’à devenir irrespirables, certains nous rendent attentifs à ne pas oublier la solidarité vitale entre les humains et la nature.

            A l’heure où les pouvoirs religieux s’affrontaient dans des croisades stériles, François traversa les lignes des armées, alla à la rencontre du sultan et put revenir sain et sauf. Aujourd’hui, les rencontres entre croyants de bonne volonté se multiplient pour que la paix gagne les cœurs.

            A l’heure où la figure du Christ abandonné dans une église en ruines bouleversa le cœur du jeune homme d’Assise, François s’engagea dans la suite du Christ pauvre à reconstruire son Église jusqu’à porter en lui les marques du Crucifié ressuscité. Aujourd’hui, des croyants s’attachent à continuer de construire cette Église toujours à rebâtir en prenant soin d’y inclure ceux qui aujourd’hui portent les stigmates des injustices humaines.

Merci, Seigneur, en ces jours, pour François, le « poverello », le petit pauvre.

P. Pierre Lathuilière

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