Editorial : Dimanche 27 septembre
Ils en sont tous bien convaincus, et nous avec : c’est le premier, de toute évidence, celui qui dit qui n’y va pas et qui finalement y va, qui a fait la volonté du Père !
La morale de l’évangile de ce dimanche est apparemment bien claire : mieux vaut faire que dire ! Et malheur à ceux qui disent mais qui ne font pas. On se croirait dans la Plaisante sagesse lyonnaise : « Le tout c’est pas d’y faire, c’est d’y penser ; mais le difficile, c’est pas d’y penser, c’est d’y faire ». Mais l’évangile, ce n’est pas exactement la bonne morale commune, ni les fables de La Fontaine ! Jésus, assez curieusement, ne valide pas comme allant de soi la supériorité du faire sur le dire, il fait un pas de côté et passe à autre chose. Dans son propos, publicains et prostituées viennent immédiatement brouiller l’évidence et on ne saura jamais vraiment la réponse de Jésus à sa question. Il fait alors silence…
Comment l’entendre, ce silence ? Apparemment, comme l’expression d’une évidence, équivalent d’un bien entendu ! Évidemment, c’est le premier ! Silence de confirmation ? Ou aporie, invitation à bien y réfléchir ? La volonté du Père, car c’est d’elle dont il s’agit, est-ce en vérité si simple ? Certes, c’est beau de ronchonner d’abord, de maugréer, de refuser même, et d’y aller ensuite. Avantage apparent à cette psychologie qu’on connaît bien. Mais c’est beau aussi de dire d’emblée « Oui, Seigneur ! », d’avoir cet immédiat sursaut d’amour que nos misérables vies, hélas, n’arrivent pas toujours à prolonger.
Oui Seigneur ! C’est ce que va lui dire Pierre ! D’un même élan ! Et quand la Croix se profila, le brave Pierre n’y alla pas. Il prendra la tangente… Chacun sa misère. Où se grippe notre oui ? Où s’encastre notre non ? Il faut de tout pour faire une famille de fils ! Chacun butte sur son propre refus et met son oui là où il peut… Il y faut surtout du oui, quelque part. Un oui même fragile, que Dieu bénit toujours. Il n’est pas si sûr finalement que le père, s’il en est vraiment un, ait une préférence. Car c’est d’abord l’histoire d’un père, pas celle d’un vigneron épris de rendement aux prises avec deux de ses serviteurs. Lequel a fait la volonté du père ? Jésus a bien raison de réserver un peu la réponse. De nous laisser y penser encore…
Patrick Laudet