Homélie

Dimanche 26 Avril 2026

Dimanche 26 avril 2026

Homélie du Père Bertrand Pinçon

Un enclos, des brebis, un berger et une porte. Le cadre bucolique de l’évangile de ce dimanche est facile à imaginer.
A vrai dire, dans cet extrait, il est moins question du berger que de la porte : une porte par où l’on entre, par où l’on sort. C’est à partir de la porte que l’on parle du berger. Le passage par la porte dit la qualité du berger.
Celui qui escalade le mur n’est qu’un voleur et un brigand. Il ne vient pas pour le bien des brebis. Celui qui passe par la porte, lui, est le vrai berger. Et il le montre en appelant chacune des brebis par son nom, il les faisant sortir une à une, puis en marchant à leur tête pour les conduire là où se trouve l’herbe tendre.
De même qu’il y a deux sortes de bergers, il y a deux types de réaction de brebis. Quand se présente le bon berger, les brebis écoutent sa voix et le suivent. Quant au mercenaire, elles le fuient parce qu’elles ne connaissent pas sa voix.

Par deux fois, Jésus déclare : « je suis la porte ».

Porte pour le berger, porte pour les brebis. Jésus est doublement ce lieu de passage, hors duquel personne ne peut prétendre recevoir la vie en plénitude.
Parce qu’il est la porte et le berger, Jésus se démarque de tous les autres bergers avant lui, de tous ceux dont parle, par exemple, le prophète Jérémie lorsqu’il dénonce ces pasteurs « qui perdent et dispersent les brebis de mon entourage » (Jr 23). Tous ces marchands de bonheur qui, sous couvert de religiosité, se vantent d’être des sauveurs au prétexte de détenir la connaissance des choses de Dieu. Ainsi, ceux qui tentent de contenir la Parole de Dieu sous le poids des préceptes humains, de même ceux qui contaminent la foi par des ambitions politiques et une toute-puissance de l’argent. Cela vaut autant pour les juifs pharisiens et sadducéens du temps de Jésus. Mais, il n’y a pas qu’autrefois que de prétendus messies, en Israël et ailleurs, se présentent aux yeux du monde comme des envoyés de Dieu.
Hier comme aujourd’hui, leurs entreprises conduisent à la destruction et à la mort alors que Jésus se présente, lui, comme la source de vie en plénitude.
En régime chrétien, en particulier dans le monde catholique, dès que l’on parle de pasteurs, on pense tout de suite aux ministres ordonnés, aux prêtres. Ce dimanche du bon pasteur est traditionnellement le jour de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses.

A l’instar du berger, le prêtre, est-il une espèce en voie de disparition ?

Il est vrai que, dans une ville comme Lyon, l’image du berger et son troupeau nous parle peu. Il n’empêche qu’elle nous est donnée, à nous aussi citadins, pour comprendre l’attitude paradoxale du berger de l’évangile.
Le berger de l’évangile n’est pas celui des illusions perdues.
Ce dont il s’agit dans l’évangile, ce n’est pas la situation du berger en général, mais du Berger, le Berger par excellence. Il suffit de le regarder faire pour s’apercevoir que ce Berger se comporte exactement à l’inverse des tous les autres bergers du monde. D’ordinaire, un berger règne sur son bétail et le mène à la baguette. Le vrai Berger, au contraire, connaît ses brebis et les appelle chacune par son nom. Il vit une relation unique et personnelle avec chacune.
D’ordinaire, un berger veille sur son troupeau, comme sur son capital. Ses bêtes, c’est son patrimoine, un patrimoine qui lui rapporte. En temps voulu, il vend sa bête à l’abattoir. Ainsi, ce berger vit de la mort de ses brebis.
Pour le vrai Berger, ce ne sont pas ses brebis qui doivent donner leur vie pour le faire vivre, mais c’est lui qui « donne sa vie pour ses brebis. » Son projet n’est pas tant d’accroître son cheptel pour augmenter son capital que de rassembler le plus grand nombre pour lui faire connaître la grandeur d’une vie donnée : « je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »

Voilà qui est ce Pasteur hors pair, qui appelle à lui d’autres pasteurs pour faire connaître, à contre-courant du monde, la grandeur qu’il y a de donner sa vie librement par amour.

Alors, il est possible de poser maintenant la question du ‘comment’.

Comme baptisés, comment soutenons-nous les prêtres, quelques soient leur âge (plus ou moins vénérable), la maladie, la lassitude, quelques soient aussi leurs péchés ou leurs manies de vieux garçons.
Même si l’Eglise, à l’image de notre société, vit une profonde mutation, nous croyons que le Pasteur continue à appeler. Prenons-nous alors le temps de le prier ? Savons-nous l’écouter ? Comment parlons-nous de la vocation autour de nous ? Comme prêtre, je suis témoin de la fidélité de prêtres (de plusieurs générations) qui ont donné leur vie pour l’Eglise et qui ne le regrettent pas, malgré les déceptions et les coups durs de l’existence. Présente-t-on aux jeunes cette vie comme une voie possible de sens et de don de soi aux autres, à contre-courant des modes et des opinions du moment ? Pour ma part, c’est en voyant simplement témoigner, prier, prêcher, servir, vivre humainement des prêtres qu’est née ma vocation et qu’elle s’est affermie à leur contact.
Comment nos familles, nos communautés d’Eglise sont elles, elles-mêmes des Bons Pasteurs, c’est-à-dire des lieux de vie et de fraternité missionnaire qui se connaissent suffisamment pour susciter, auprès des jeunes, le désir d’être prêtre, religieux, religieuse. Telle est, en tout cas, notre prière commune ce dimanche, une prière au bon Pasteur qui nous appelle, qui nous conduit et nous aime au point de donner sa vie pour nous.

Amen.

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